Avec le prologue disputé hier, le compte à rebours est bel et bien lancé pour les 50 concurrents en lice sur cette Solitaire du Figaro. A 24 heures du départ de la première étape, chacun s'affaire aux ultimes préparatifs et les journées sont rythmées par les obligations et analyses météorologiques et stratégiques. Pour mieux appréhender le quotidien d'un marin à quelques heures de l'un des plus grands rendez-vous de la saison Figaro, Jeanne Grégoire nous détaille par le menu une de ses journées types.
« En ce moment, je me lève à 7h30. Je ne m’octroie pas forcément de grasse matinée à quelques jours du départ d’une course qui va nous tenir éveillés plusieurs nuits d’affilée. Je préfère me coucher tôt et m’accorder une sieste réparatrice dans la journée. A peine levée je chausse mes baskets pour 40 minutes de course à pieds. Je fais ça tranquillement, à mon rythme. J’en profite pour aller le long du bord de mer, ce qui me permet également de voir le plan d’eau sur lequel sera donné le départ vendredi prochain. Cette entrée en matière sportive est un bon prétexte pour prendre un solide petit déjeuner composé de lait de soja, de pain aux céréales, de miel et de trois litres de thé, mon carburant à terre comme en mer.
Aux environs de 10 heures, je me rends à bord de mon bateau, généralement pour des rendez-vous avec la presse. Ce n’est pas un exercice que je redoute. Ca fait partie de notre métier et en général on tombe sur des journalistes très sympas, qui savent établir un échange. Et puis je suis fière de parler de mon partenaire, Banque Populaire. Il faut juste essayer de ne pas dire tout le temps la même chose. Mais je suis plutôt d’un naturel imaginatif et l’expérience m’aide à me renouveler dans mes réponses. Une fois au bateau, j’en profite pour faire le point avec mon préparateur, Guillaume Farsy. Nous essayons d’anticiper les moments où nous aurons moins le temps de faire le point, juste avant le départ. Ce qui est agréable c’est que comme nous nous connaissons bien, nous n’avons justement pas toujours besoin de nous parler. A ma tête, il sait où j’en suis et à la sienne, je sais aussi. Guillaume est quelqu’un de très important pour moi. C’est notre deuxième saison ensemble et j’ai la chance de l’avoir à mes côtés à l’année. Il est la première personne que je vois quand j’arrive d’une étape de la Solitaire du Figaro. Nous partageons une réelle intimité en termes d’émotions. Quand je dis que j’aimerais gagner une étape, en fait j’aimerais surtout qu’on gagne une étape, lui et moi !
En cette période de départ, nous sommes souvent conviés à des cocktails par l’organisation ou les villes. Ca à toujours l’air délicieux mais à trois jours du début de la première étape, il est important de se nourrir sainement et assis. Je mange équilibré toute l’année et c’est aussi le cas dans la dernière ligne droite. Je ne m’offre pas d’écart de conduite sous prétexte que je ne vais pas forcément manger chaud tous les jours sur les étapes de cette Solitaire du Figaro. Si je peux, je partage mon déjeuner avec une copine et j’en ai pas mal à La Rochelle pour avoir vécu quelques années dans cette ville. Ces jours-ci je suis dans ma bulle mais j’aime aussi en sortir. Ca me fait beaucoup de bien d’arrêter de parler bateau !
En début d’après midi, je rentre à l’hôtel pour regarder la météo. Je me fais généralement un petit film de l’étape et souvent je m’endors dessus. Je dors peu mais je rêve beaucoup ; je me vois gagner la première étape avec 50 milles d’avance par exemple ! Plus le départ approche et moins c’est facile de sortir la course de ses rêves.
Vers 16 heures, je retourne sur le village de la Solitaire du Figaro en faisant à l’occasion un crochet par le car podium. J’essaie de prendre un peu de temps avec Vincent, l’animateur, pour faire partager aux visiteurs ce que l’on s’apprête à vivre pendant trois semaines. Ensuite je passe au bateau pour régler des petits détails.
Les fins d’après-midi sont souvent occupées par des briefings qu’il s’agisse de celui consacré au prologue ou à la première étape comme celui qui a lieu ce soir. C’est un moment important, nous sommes entre coureurs avec la direction de course et le comité de course. Il est toujours important de l’avoir préparé pour avoir les réponses aux questions que l’on se pose.
Avant de quitter le port, j’ai parfois la visite des collaborateurs de l’agence Banque Populaire ici à La Rochelle. Une fois leur journée terminée, ils viennent me voir sur les pontons. J’aime bien ces moments avec eux. Pour moi c’est important de leur montrer le bateau pour qu’ils se l’approprient. Les dîners sont généralement pris en petit comité avec l’équipe Banque Populaire et mon préparateur. Je me couche relativement tôt, 22h30 au plus tard. Quand je rentre à mon hôtel, je ne peux m’empêcher de regarder les évolutions de la météo et je m’endors toujours avec ce film de la course, mon film de la course. Reste à savoir si le scénario sera le bon… »