A
peine partis et déjà de retour, voilà l'impression qui dominait ce matin quand
les 40 mètres du trimaran géant sont venus s'amarrer au ponton de la marina du port
du Château. Au matin du 22 novembre dernier, le Team Banque Populaire
déclenchait le décompte du temps en coupant la ligne de départ du Trophée Jules
Verne entre Ouessant et le cap Lizard. A bord du grand multicoque, Loïck Peyron
et treize équipiers, dont huit bizuths du tour du monde, pointaient alors leurs
étraves vers un défi unique et s'attaquaient aux 48 jours 7 heures 44 minutes
et 52 secondes du temps de référence détenu depuis mars 2010 par Franck Cammas
et Groupama 3. D'entrée de jeu, 30 nœuds de secteur Nord propulsaient
l'équipage vers L'Equateur et plongeaient les hommes dans le vif d'un sujet un
peu corsé. Deux jours de mer dans le sillage et déjà l'archipel des Canaries
était derrière eux. Après un Pot au Noir express, le Maxi Banque Populaire V
pointait ses étraves dans l'hémisphère Sud, à peine une semaine après son
départ. Signant une superbe courbe atlantique et passant maître dans l'art des
grandes glissades, il pulvérisait le temps de passage à Bonne Espérance, faisait
son entrée dans l'Indien moins de douze jours après le coup d'envoi et totalisait
alors 2 364 milles d'avance, ce qui allait se révéler le plus grand delta sur
l'ensemble du parcours. Sitôt franchie la porte symbolique du Grand Sud, les
glaces s'imposaient comme un acteur à part entière sur l'échiquier, imposant de
garder ses distances et plus que jamais de doser l'effort pour épargner la
machine. A mi-parcours, le Pacifique se révélait fidèle à sa réputation et
infligeait des conditions de navigation particulièrement éprouvantes ; des
vents très violents, une mer extrêmement inconfortable, rien ne manquait. Au
vingt-quatrième jour de course, la menace fantôme se concrétisait, prenant la
forme d'une rencontre aussi inoubliable qu'impressionnante avec les icebergs et
leurs dérivés, ces growlers qui plongeaient les marins de la Banque de la Voile
au cœur d'un véritable champ de mines.
Un tour pour finir
Un
mois après leur départ, les 14 équipiers butaient dans une dorsale et connaissaient
un coup de frein significatif dans leur progression, voyant leur vitesse chuter
sous les 15 nœuds et faisant trainer le Pacifique en longueur. Le 23 décembre, à
7 heures 50 minutes et 30 secondes, après un mois de course, les quatorze
marins du bord passaient le Cap Horn, dernier des trois caps du parcours,
permettant à Ronan Lucas, Thierry Chabagny, Yvan Ravussin, Pierre-Yves Moreau,
Emmanuel Le Borgne, Kevin Escoffier, Xavier Revil et Jean-Baptiste Le Vaillant
de gagner leurs galons de tour-du-mondistes. Noël en Atlantique, le Maxi Banque
Populaire V entamait alors une remontée expresse jusqu'à l'Equateur, faisant du
retour au Nord une simple formalité. Renouant avec la chaleur et les alizés,
après une confrontation virile et angoissante avec les glaces et le froid,
l'équipage retrouvait ses ailes avant le sprint final. Après une première nuit
particulièrement houleuse dans l'hémisphère Nord, c'est par un grand tour de
l'anticyclone des Açores par l'Ouest, le compromis idéal entre progression et
préservation du bateau, que cette équipe de choc en terminait avec le globe et
confortait ainsi son avance sur le temps de référence en jouant avec la plus
grande habileté avec la frontière du phénomène. Au terme d'une conclusion
irlandaise, Loïck Peyron et son équipage suspendaient le chronomètre hier soir
à 23 heures 14 minutes et 35 secondes et signaient un nouveau temps de
référence de 45 jours 13 heures 42 minutes 53 secondes, améliorant le
précédent record de 2 jours 18 heures 1 minute 59 secondes.
Sous l'impulsion d'un leader fort
Avec
cette victoire sur le temps, le Team Banque Populaire signe une superbe
aventure humaine, portée par quatorze marins qui auront partagé un mois et demi
d'une tranche de vie inoubliable à bord. En 45 jours, jamais le curseur n'aura
pointé dans le rouge, l'équipage disposant constamment d'une avance sur le tableau
de marche, confortable la plupart du temps. Avec ce chrono, ils deviennent les
nouveaux détenteurs du Trophée Jules Verne et inscrivent leur nom au plus
prestigieux des palmarès. Florent Chastel, rentre quant à lui dans le cercle
très fermé des triples vainqueurs du record, quand Frédéric Le Peutrec,
récidive en tant qu'homme le plus rapide autour de la planète pour la deuxième
boucle consécutive. Mais pour tous, cette incroyable histoire est avant tout
une formidable aventure humaine, menée par un leader dont le charisme a su
tirer toute l'équipe vers le haut. Un beau et grand défi qui fait d'eux,
aujourd'hui, des marins plus accomplis, des hommes sensiblement différents.
Ils ont dit :
Loïck Peyron, skipper du Maxi Banque
Populaire V : " Ce ne sont pas
seulement 45 jours de mer que nous venons de faire, ce sont des décennies de
travail, des années d'engagement de la part de Banque Populaire dans la voile.
Il faut rendre hommage également à Pascal Bidégorry qui a conçu ce bateau et à
Hubert Desjoyeaux qui l'a construit et nous a malheureusement quitté il y a
peu, et à toute cette équipe bien sûr. Ce genre d'histoire nous fait monter en
pression pendant pas mal de temps et il faut être patient pour que ça retombe
aussi. Nous avons eu cette chance extraordinaire de pouvoir nous reposer les
uns sur les autres. La confiance que nous avions les uns dans les autres fait
qu'on est assez reposé paradoxalement. Etonnement, cette course n'est pas la
plus fatigante. Tous les records sont fait pour être battus et celui-là le sera
un jour où l'autre. S'il y a un bateau pour le battre, c'est celui-là ! ".
François
Pérol, Président du Groupe BPCE : " Cet exploit d’un équipage de
quatorze hommes aussi talentueux que résolus constitue un magnifique symbole de
la vitalité et de la force de l’esprit d’entreprendre. Tous les collaborateurs
se reconnaissent dans l’aventure collective de Loïck Peyron, de son équipage et
toutes celles et ceux qui à terre ou en mer ont participé depuis 5 ans à
la réalisation de ce projet "
Yves
Breu, Directeur Général de la Banque Populaire de l’Ouest : " L’histoire de ce projet, c’est
l’illustration parfaite de l’état d’esprit qui anime Banque Populaire au
quotidien, une banque audacieuse, qui stimule et encourage les initiatives :
soutenir et accompagner dans la durée toutes celles et ceux qui ont un rêve, y
croient, se donnent les moyens de le transformer en projet concret et le
conduire à la réussite "
Ronan Lucas, directeur du Team Banque
Populaire et navigant : " Je
suis content que nous décrochions ce record parce que je me dis que le travail
paie et que ça fait du bien de s'acharner et de se dire qu'on va y arriver, d'y
croire, de se battre pour que les choses évoluent. J'avais ce rêve de gosse de
faire le tour du monde, passer le Cap Horn, aller dans le Sud, voir les
immenses vagues, les douze mètres de creux dans l'Indien. J'ai été très touché
par l'accueil ici à Brest. On avait la terre de manière épisodique et on savait
que l'histoire avait l'air de prendre. Mais d'arriver ici et de voir la digue
noire de monde, on se dit que c'est dingue. Je n'aurais pas rêvé une arrivée
aussi belle. C'était beaucoup d'émotion pour nous, mais également du côté de
l'équipe technique, c'est leur récompense aussi. Ils n'ont pas vu les Kerguelen
mais ils ont vu ce monde. C'est une immense fierté pour eux et aussi pour notre
partenaire parce que Banque Populaire fait de la voile par conviction mais
c'est bien aussi quand ça paie. C'est magique, je garderai cette arrivée toute
ma vie dans ma tête. J'étais convaincu que Loïck Peyron était quelqu'un de
brillant. J'avais envie de travailler avec ce Monsieur depuis déjà longtemps et
il est plus que brillant. Il est doué pour tout ! C'est un vrai leader, tout le
monde a eu envie de se saigner pour lui et il a trainé le groupe derrière lui "
Kévin Escoffier, responsable du bureau
d'études et navigant : " Je
savais que j'aimais beaucoup faire du bateau mais tu as toujours le petit doute
quand tu pars 45 jours de te demander si tu vas toujours autant apprécier... Eh
bien oui ! J'ai vraiment adoré chaque instant, à aucun moment je ne me suis dit
: qu'est-ce que je fais là ? J'ai tout adoré, chaque moment je voulais que ça
dure plus longtemps. C'est fantastique, ça me conforte d'autant plus dans ce
que je fais, autant sur le plan technique que sur le plan marin. J'avais la
casquette technique qui faisait que je me devais d'anticiper les problèmes
parce que j'étais un ce deux qui connaissait le mieux le bateau en tant que
responsable du bureau d'études ".
Marcel van Triest, routeur à terre : "Jusqu'à Bonne Espérance,
tout s'est enchaîné correctement, avec le temps qu'on avait imaginé au départ
de Ouessant et du vent tout le temps. Souvent l'Indien est un plat de
résistance, pour nous ça s'est très bien passé. Il n'y avait pas de glaces et
on pouvait plonger dans le Sud. Du coup on est passé au Sud des Kerguelen ce
qui n'est pas très habituel avec un bateau comme ça. A l'Est de l'archipel nous
avons rencontré notre deuxième épisode de glaces et la situation météo nous a
permis de monter très Nord. Jusque là, tout s'était déroulé parfaitement. Après
on a eu un Pacifique compliqué, avec l'hésitation de plonger Sud dans une mer
très formée ou aller chercher une dépression qui tombait d'Australie. Ca s'est
bien passé mais c'était déjà un peu complexe. Après on s'est trouvé avec ce
vaste champ de glaces dans le Pacifique Sud et une météo pas coopérative pour la
première fois. On a mangé notre pain noir et contourné une grande accumulation
de glaces mais on a quand même accepté d'aller dans une zone où il y avait
quelques icebergs. C'était jouable parce qu'on était au près, en décembre soit
le plein été austral qui nous donnait donc 23 heures de lumière par jour.
C'était quand même compliqué de gérer tout ça, on est presque aveugle au niveau
glaces et dans cette histoire je suis le borgne ! J'en sais trop pour être
ignorant et pas assez pour être tranquille. On s'est retrouvé ensuite derrière
la fameuse dorsale et même avec Banque Populaire V on n'a pas pu la percer. On
a vraiment tenté trois fois de la passer, mais c'était comme un vrai mur et la
seule façon de se rapprocher du but c'était de longer le mur et de faire du
Sud. Atlantique Sud, ça s'est très très bien passé. Sur la remontée, on fait un
petit bidet qui n'était pas vraiment nécessaire, le seul reproche que j'ai
peut-être à me faire. Dans le Nord, il y avait des milles supplémentaires à
faire mais c'était un choix relativement simple à faire. On est content de ce
qu'on a fait avec cette météo. J'ai longtemps pensé qu'on pouvait arriver en
dessous des 45 jours, avec un Atlantique Nord normal on l'aurait fait. Un jour,
en réunissant tous les éléments, je pense que les 40 jours seront tenables
".
Le tableau de chasse du Maxi Banque Populaire V pendant sa tentative de record du Trophée Jules Verne
Equipage du Maxi Banque Populaire V
Hors quartLoïck Peyron Skipper
Juan Vila Navigateur, Responsable électronique et informatique
Quart n°1
Yvan Ravussin Chef de quart, responsable composite
Brian Thompson Barreur/ Régleur
Pierre Yves Moreau Régleur, Responsable mécanique et hydraulique
Thierry Chabagny N°1/ Barreur/ Régleur, Responsable accastillage et voiles
Quart n°2
Frédéric Le Peutrec Chef de quart
Emmanuel Le Borgne Barreur/ Régleur, Responsable médical
Thierry Duprey Du Vorsent Barreur/ Régleur, Responsable mécanique
Ronan Lucas N°1/ Régleur, Responsable sécurité
Quart n°3
Jean-Baptiste Le Vaillant Chef de Quart, responsable voile
Kevin Escoffier Barreur/ Régleur, Responsable vidéo et structure
Xavier Revil Barreur/ Régleur, Responsable avitaillement à bord
Florent Chastel N°1/ Régleur, Responsable médical
Marcel Van Triest Routeur à terre
Le record en chiffres
Temps de référence du Trophée Jules Verne
Maxi Banque Populaire V (Loïck Peyron) - 45 jours 13 heures 42 minutes 53 secondes