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Le cap Horn

El Cabo de Hornos disent les Chiliens ! C’est une terrifiante dent prolongeant l’Amérique du Sud en terre de feu. Il sépare l’Océan Pacifique de l’Atlantique sud et plonge par presque 56 degrés sud. Le cap Horn est le plus célèbre et le plus redouté des caps à franchir pour un marin
 

©Jeremy Bernard



Quand on regarde un planisphère à l’échelle de la planète, le « Horn » en est presque à toucher le détroit de Drake marquant le continent antarctique. Le passage est étroit, les tempêtes violentes, la mer énorme… Et il n’y a aucune échappatoire quand on est en approche du Horn. A l’époque des clippers qui « régataient » pour la Route de l’or ainsi que la fortune providentielle entre New York et San Francisco, la légende prétendait que ceux qui parvenaient à franchir le cap « dur » avaient le droit de porter un anneau doré à l’oreille… Et de « pisser » au vent ! Paradoxalement, pour un marin, le cap Horn est à la fois l’endroit le plus malfamé de la planète et une sorte de délivrance. Si les terriens, nourris par les récits de mer élèvent logiquement au rang de mythe terrifiant ce rocher aussi escarpé que sombre, les marins eux, en ont la vraie vision.
Le navigateur argentin Vito Dumas, premier marin solitaire à le franchir, avait écrit dans son livre de bord en 1943 : « comment traduire l’émotion du premier homme qui l’ait doublé seul et qui soit resté en vie ? Je suis privilégié. Mais que vaut ce privilège, même après avoir réalisé de fantastiques traversées, tant qu’il me manque encore 1 000 milles (1 852 kms) pour embrasser ma mère. Pourtant, en regardant en arrière et en songeant à ceux qui y sont restés, je pleure de joie. » Le Horn est imprévisible, cyclothymique, lunatique, terrifique ! Isabelle Autissier se souvient de son premier passage : « il faisait beau, clair avec un léger et inhabituel vent d’est qui s’obstinait à m’en éloigner. Le bateau passait au près en chuchotant sur une eau gris-clair. Je n’en ai vu qu’une petite silhouette foncée, un peu brumeuse, comme si il y avait des pudeurs de jeune fille. J’ai aimé ce Horn atypique, loin des rugissements et du grand jeu qui le caricaturent ; un Horn secret et serein ». Quelques années plus tard, le franchissant cette fois contre les vents dominants (d’est en ouest), sous trois ris et trinquette alors que la météo annonçait 60 nœuds de vent (force 12), la navigatrice a vu un autre Horn.
 

©Jeremy Bernard



Titouan Lamazou, premier vainqueur du Vendée Globe en 1990, l’a passé trois fois. La première fois, c’était avec Eric Tabarly sur Pen Duick VI « un rendez-vous avec la mythologie de notre enfance ». La seconde fois, c’était en solitaire, dans le BOC Challenge (course autour du monde en solitaire mais avec escales). Titouan a heurté un gros caillou juste devant le Horn, qui a soulevé les planchers de son bateau et laissé quelques dizaines de kilos de plomb sur les rochers ! Son troisième passage, alors en tête du 1er Vendée Globe, a été vécu comme une délivrance, et partagé avec son frère José venu le survoler en hélicoptère… Pour tout marin, le Horn c’est la fin d’un très long tunnel et les tempêtes à répétition dans l’Indien et le Pacifique.

Le cap Horn reste sans aucun doute l’un des endroits les plus hostiles de la planète.

 



Le Horn, c’est le clignotant à gauche, le retour à la maison, les températures qui remontent, le stress des mers australes qui s’évacue. Thomas Coville, qui est en passe de pulvériser le record du tour du monde en solitaire sur son trimaran ultime Sodebo vient de franchir son dixième cap Horn en course. « Virer le Horn, ça reste magique à chaque fois… comme une première fois ! C’est la délivrance, un cadeau de Noël… ».
Et pour Armel Le Cléac’h en tête de ce 8ème  Vendée Globe sur Banque Populaire VIII à quelques heures de le franchir, « le cap Horn c’est un point important du parcours, car comme on est obligés de passer assez près contrairement à Bonne Espérance et le Cap Leeuwin. On espère toujours voir la terre, car c’est le signe d’un peu d’humanité depuis plusieurs semaines. Surtout, ça marque la fin des mers du Sud. Ça fait du bien quand on change un peu d’ambiance, des dépressions, des vents portants forts, de la mer, de l’humidité, du froid… Car c’est à la fois pesant et usant au bout d’un moment et pour le bateau et pour le bonhomme. L’entrée dans l’Atlantique marque presque un nouveau départ, et aussi un mode de vie un peu plus simple que ce qu’on a vécu là. C’est toujours un soulagement déjà d’être arrivé là. » Car ce bout du monde où l’on dit qu’il pleut plus de 300 jours par an, avec ses vents violents, ses montagnes inquiétantes, ou encore ces fonds remontant brutalement, reste sans aucun doute l’un des endroits les plus hostiles de la planète.
 

©Jeremy Bernard




Photos ©Jeremy Bernard

Retrouvez toutes les photos dans le très bel article écrit et publié par "Neuf dixième" le 17 mai dernier sur la découverte du cap Horn, présenté en deux parties.
 

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