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Le mécanisme des marées

Toutes les six heures et douze minutes environ, soit quatre fois par 24 heures, la mer se vide et se remplit alternativement. Ce cycle naturel de jour comme de nuit sur nos côtes est perpétuel, et s’inverse toutes les six heures. On parle de marée haute ou pleine mer (PM) de marée basse ou basse mer (BM), de jusant (la mer descend), de flot (la mer monte) et enfin d’étale de basse mer ou de pleine mer (entre deux marées).
 

C’est l’Italien Pline, appelé aussi « Pline l’Ancien », né à Côme en 23 après Jésus-Christ et mort à 56 ans à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve, qui est le premier à comprendre et expliciter cet extraordinaire phénomène des marées. Dans son encyclopédie « Histoire naturelle » ayant fait référence durant des siècles, le savant croit savoir que « sur la nature des eaux, beaucoup a déjà été dit, mais cette avance et le retrait des flots sont les plus extraordinaires. Cependant si ce phénomène offre beaucoup de variétés, sa cause réside dans le soleil et dans la lune. » Il a observé qu’il y avait deux marées par jour. « Entre deux levers de  lune, la mer monte deux fois et redescend deux fois dans chaque intervalle de 24 heures. » Enfin, il note également que la plus forte amplitude des marées a lieu à l’équinoxe*.

Schéma mécanisme des marées

La lune et le soleil régissent les marées

L’homme de sciences a déjà tout compris, mais il faut attendre l’Anglais Isaac Newton et sa fameuse théorie de la gravitation universelle vers 1690 pour mieux appréhender le mécanisme des marées. Car c’est bien la lune (l’astre le plus proche de la terre) qui régit la marée, son attraction étant deux fois plus grande que celle du soleil. Pourtant le rôle du soleil n’est pas neutre, car quand les deux astres sont dans le prolongement l’un de l’autre, en opposition ou en conjonction, l’attraction est maximale, et génère ce que l’on appelle les marées de « vives eaux » ou de grandes marées. À l’inverse, quand les deux astres sont à angle droit par rapport à la terre, on est en période de « mortes eaux » ou de petites marées. Et comme la lune effectue le tour de la terre en 29 jours, on assiste durant le cycle complet à deux périodes dites de « mortes eaux » et de « vives eaux ».

On peut donc en déduire que les grandes marées surviennent à la pleine lune et les très grandes marées à l’équinoxe, généralement en mars et septembre. Durant le solstice** d’été (juin) et d’hiver (décembre) les marées de vives eaux sont plus faibles avec des coefficients inférieurs à cent. Et si l’on consulte les horaires des marées sur l’Almanach du Marin Breton, dans un quotidien régional, à la capitainerie d’un port ou sur une application via son téléphone, on peut connaître avec précision les horaires de basse mer et de haute mer, la hauteur d’eau, le marnage***et enfin le coefficient de marée, variant de vingt pour les « mortes eaux » à cent-vingt pour les « vives eaux ».

Le marnage ou l’amplitude de la marée (la différence de hauteur d’eau entre la basse mer et la haute mer) peut atteindre jusqu’à quinze mètres par grande marée à Granville et demeure le plus important d’Europe. L’archipel de Chausey dans la baie du Mont Saint-Michel est également connu pour l’amplitude de ses marées. Sur les 365 îles découvertes à marée basse, il n’en reste plus que cinquante-deux lorsque la mer est haute, et ce paysage qui varie 24 heures sur 24 conserve quelque chose de magique.

Les grandes marées ne sont pas uniquement un moment privilégié pour les pêcheurs à pied, mais un risque pour le littoral. Par tempête, la montée des eaux associée à la houle venant du large peut entraîner un phénomène de submersion sur toute la façade Atlantique. Quant à Victor Hugo qui prétendait que par grande marée, la mer monte à la vitesse d’un cheval au galop, reste une légende… Cependant, lors du flot, la mer peut atteindre près de 10 kilomètres par heure ! Il n’est malheureusement pas rare de voir des promeneurs se faire surprendre par le flot et les courants qui y sont associés.

L’importance du courant de marée

Qui dit marée, dit forcément courant ! Il est d’autant plus important que le coefficient de marée l’est. Si au moment de l’étale (l'intervalle de temps à PM ou à BM où la hauteur marée reste presque constante), juste avant la renverse, le courant de marée est quasiment nul, selon la topographie d’un lieu (estuaires, raz, caps…) il est très variable, prenant des directions parfois surprenantes pouvant perturber même les navigateurs les plus aguerris.

Si de manière générale, la vitesse du courant est proportionnelle à l’amplitude de la marée, elle varie avec la profondeur des fonds. Il n’est pas rare d’avoir des courants de marée de près de 9 nœuds dans le Raz Blanchard (entre le cap de la Hague et la petite île d’Aurigny), parmi les plus forts d’Europe. Le Fromveur près d’Ouessant est également réputé pour la violence de ses courants, tout comme l’entrée du golfe du Morbihan, mais ici par effet de remplissage et de vidage, le goulet d’étranglement se comportant comme un entonnoir.

Des marées différentes selon les mers

Si sur nos côtes, en Manche et Atlantique, on assiste à deux marées hautes et deux marées basses semi-diurnes (qui ne durent que la moitié du jour) par jour lunaire, ce n’est pas le cas par exemple dans le golfe du Mexique, où il n’y a qu’une seule marée haute et basse par jour solaire. On rencontre aussi des marées mixtes tantôt diurnes (toute la journée) tantôt semi-diurnes (demi-journée) comme à la Martinique, dans le Pacifique ou même à Venise. Ces particularités sont  dues à la configuration de la côte. Les navigateurs, professionnels ou plaisanciers, ont toujours près de la table à cartes l’annuaire des marées publié par les organismes gouvernementaux de chaque pays (en France le SHOM : Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), et qui donnent pour des ports de référence outre les horaires et les coefficients, la courbe de marée avec les hauteurs d’eau à chaque heure avec une précision au décimètre, pour faciliter la navigation des marins.

 

Copyright : Rodrigo Soldon/Flickr

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