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Le récit du Vendée Globe d'Armel Le Cléac'h

Le compte à rebours est désormais lancé, et le bateau parfaitement prêt. Armel Le Cléac’h prépare seul son « package » contenant ses effets personnels et vêtements de mer... Cartésien de nature, méticuleux, consciencieux, fort de l’expérience de deux tours du monde, le marin sait combien les petits détails vestimentaires peuvent faire la différence dans un sens comme dans l’autre.

Le bateau, cette fois en configuration « tour du monde »,  met le cap sur les Sables d’Olonne.

15 octobre 2016 : ouverture du village


Comme un cadeau du ciel, cette fin d’automne s’est muée en « été indien », avec des températures printanières et un soleil omniprésent. Trois semaines avant de larguer les amarres, le Mono Banque Populaire VIII se trouvait au ponton à Port Olona entouré des 28 autres bateaux.

Près d’un million de visiteurs sont venus sur le village du Vendée Globe – un record ! - et ont patienté des heures pour avoir accès au ponton, voir les bateaux, apercevoir les skippers.

Près de 1 100 journalistes de tous les pays sont accrédités et 45 chaînes de télévision sont sur site.

6 novembre 2016 : le Jour – J


Un départ de Vendée Globe, c’est aussi, passer en quelques heures de la liesse populaire, à la solitude totale ! L’exercice est délicat après trois semaines de sollicitations intenses… surtout quand on porte l’étiquette de favori.

L’émotion est toujours à son comble, et chacun des 29 skippers - dont 14 bizuths – a sa manière de quitter ses proches.

Armel Le Cléac’h qui est l’un des derniers à quitter le ponton, arrive alors que, l3 décembre : Armel prend la tête de la course pour ne plus jamais la lâcher ! a majorité des 60 pieds a déjà embouqué le chenal. Arrivé discrètement par un passage dérobé, il est accompagné de son épouse.

À voir son visage ultra concentré, il est déjà en course mais Armel souriant et généreux, ne refuse pas un bain de foule entouré des médias et d’un public exceptionnel.
 

©Easy Ride - BPCE


Les conditions météo sont idylliques avec un vent portant frais et un grand soleil. À 13 heures 02 précises, le Prince Albert de Monaco donne le départ aux 29 concurrents.

3 décembre : Armel prend la tête de la course pour ne plus jamais la lâcher !


Dès les premiers jours de course, Armel Le Cléac’h est dans le « bon wagon ». Mieux il prend immédiatement la tête, alignant des moyennes « supersoniques ».

Au passage des îles du Cap Vert, le Gallois Alex Thomson sur Hugo Boss tente une option payante et passe Armel. C’est le début d’un superbe « mano a mano » qui rappelle celui avec François Gabart quatre ans auparavant.

Les deux navigateurs franchissent le Pot-au-Noir comme une « lettre à la Poste », écœurent la concurrence dans les alizés de Sud-Est, se glissent sous l’anticyclone de Sainte-Hélène exploitant tout le potentiel de leurs foils.

" Armel réalise un sans faute "

François Gabart


Les temps intermédiaires sont pulvérisés, et au cap de Bonne Espérance, le Britannique passe en tête, suivi comme son ombre par le Finistérien. Les poursuivants n’ont pu tenir le rythme effréné imposé par le duo, et la flotte s’étire… Kito de Pavant pourtant dixième, ayant déjà 2 800 milles de retard, la distance entre Pymouth et Newport - soit celle de l’Atlantique nord !

On apprend alors qu’Hugo Boss a cassé son foil tribord, ce qui forcément devient un handicap.

Après un Océan Indien sans faille, Armel s’échappe, passe le Cap Leeuwin au bout de 28 jours, 20 heures et 12 minutes. Il réalise ainsi un nouveau temps de référence et améliore de 6 jours son propre temps de passage lors du Vendée Globe 2012.

Tous les spécialistes du milieu sont impressionnés par la qualité de sa trajectoire, et François Gabart qui en 2013 l’avait devancé de « seulement » 3 heures 17 après 78 jours de course, déclare « qu’Armel réalise un sans faute. »

Il se retrouve propulsé dans l’Océan Pacifique où les dépressions s’enchainent… Le Sud de l’Australie a été un passage compliqué avec du vent soutenu, une mer très forte et des températures glaciales. Mais comme dit Armel : « Cela fait partie du menu des mers du Sud ».
 

Image du bord


Dans le Pacifique, il est « seul au monde » et franchit le cap Horn l’avant-veille de Noël... en 47 jours, soit cinq de moins que le record et son tableau de marche. Mieux, son avance sur Alex Thomson avoisine les 800 milles soit environ 2 jours d’avance.

Armel relativise : « Même si j’ai navigué plutôt conservateur en n’utilisant assez peu les foils dans les quarantièmes et cinquantièmes, j’ai quand même eu quelques soucis, notamment un problème de pilote… mais lié à un autre problème : mon chauffage à bord. Quand j’ai mis un peu de chauffage dans la cabine, une nuit où il pleuvait cela a provoqué une baisse de tension. Mon pilote faisait n’importe quoi, et le bateau partait au tas (se couchait ; ndlr). Je ne comprenais pas. L’affaire a duré dix minutes, et je me suis dit que là ça allait être la galère. J’ai cherché, et quand j’ai coupé le chauffage, ça s’est remis à fonctionner. »

On pense la course jouée, mais c’est sans oublier que les 6 000 milles de la remontée de l’Atlantique sont souvent très compliqués et fastidieux.

« Les navigateurs parlent de délivrance après le Horn. Ce n’est pas tout à fait ça ! La mer se calme certes, la température remonte, on a tendance à se relâcher, à mal s’alimenter » n’hésite pas à rappeler Thomas Coville, nouveau recordman du tour du monde en solitaire et qui a passé dix fois le cap Horn.

Armel Le Cléac’h n’est pas vernis, et doit composer avec une météo peu coopérative. Pourtant, lors des vacations, il n’y a jamais le moindre signe d’énervement ou de lassitude. Armel maîtrise également parfaitement sa communication, ne laissant rien apparaître.

On apprendra seulement à l’arrivée, qu’Armel a été privé d’une voile d’avant (le J1) suite au bris d’un hook (crochet tenant la voile au mât). Il ne voulait pas en parler avant l’arrivée pour ne pas donner d’espoir à ses coriaces adversaires !

Néanmoins, le vent ne veut toujours pas tourner en sa faveur l’anticyclone remontant avec lui, et sa colossale avance fond comme neige au soleil. Lui ne lâche rien.

" Jusqu’au bout il va falloir se battre. Ça me met une pression supplémentaire mais je suis à fond, je ne vais rien laisser passer ! "

Armel Le Cléac'h


À la sortie du Pot-au-Noir, qui d’habitude en janvier dans ce sens n’est qu’une formalité, le Gallois est revenu dans le sillage de Banque Populaire VIII, à 67 milles. Mais en grand stratège, Le Cléac’h ne panique pas. Il contrôle son adversaire, et comme disent les régatiers « le garde dans la boîte ».

Une fois dans les alizés de l’hémisphère nord, le skipper de Banque Populaire n’entend pas baisser les bras et compte bien se battre jusqu’à la fin. Il n’est pas surnommé par ses pairs « le chacal » par hasard.

A une semaine de l’arrivée, tandis que seuls huit concurrents sur les dix-huit encore en course, ont passé le cap Horn après 68 jours de mer, Armel raconte :
« Alex s’accroche bien, il a une météo plus favorable depuis le cap Horn. On commence à avoir l’habitude de ce yo-yo, ça aurait pu être plus simple mais c’est comme ça. Les prochaines heures vont être plus faciles pour Alex, il va rester dans l’alizé et réduire l’écart. Après dans cette zone, il peut y avoir des différences entre la réalité et la théorie, on verra bien. Comme je le dis à chaque fois, on fera le bilan à l’étape suivante. Jusqu’au bout il va falloir se battre. Ça me met une pression supplémentaire mais je suis à fond, je ne vais rien laisser passer ! ».

À moins de 1400 milles des Sables d’Olonne et après deux semaines de vents erratiques, Banque Populaire VIII touche enfin un vent de Sud-Est régulier lui permettant d’accélérer et de maintenir à distance Hugo Boss de moins de 100 milles.
 

©V.Curutchet - BPCE


Mais après plus de 20 000 milles de mer, les bateaux sont également fatigués et nul n’est à l’abri d’une avarie. Les deux leaders passent à l’Ouest de l’archipel des Açores dessinant une jolie parabole vers la Vendée en contournant l’anticyclone éponyme par le Nord.

Le dénouement du tour du monde est proche. Armel Le Cléac’h et Alex Thomson ne se quittent plus et l’élastique ne cesse de se tendre et se détendre au fil des six classements quotidiens.

Le Team Banque Populaire suit Armel Le Cléac’h en temps réel, grâce au « tracker » en provenance du bateau. Pour eux, la position est actualisée toutes les vingt minutes, et le stress bien présent. Mais ils ne peuvent rien faire pour l’aider, et doivent prendre leur mal en patience.

" Je n’avais pas prévu de pousser Banque Populaire VIII ainsi à quelques jours de l’arrivée, mais je n’avais pas le choix "

Armel Le Cléac'h


Alex Thomson est en proie à des soucis de pilotes, de barre de liaison sur ses safrans, et n’a plus d’AIS (Système d’Identification Automatique) permettant de voir les positions, vitesses et caps des navires alentour... et aussi d’être vu. Il faut dire qu’au large des Açores, les deux leaders ont aligné les journées à plus de 21 nœuds de moyenne, qui sur ces voiliers après plus de 25 000 milles, est une pure folie.

Alex Thomson a enfoncé le clou, battant le record de la plus grande distance parcourue en 24 heures, soit 536,81 milles (environ 860 km), détrônant François Gabart qui le détenait depuis 2012 ! Avec 515,5 milles, Armel Le Cléac’h n’a rien lâché. « Je n’avais pas prévu de pousser Banque Populaire VIII ainsi à quelques jours de l’arrivée, mais je n’avais pas le choix » reconnaît le Finistérien.

Le puissant anticyclone qui frigorifie l’Hexagone interdit de faire la route directe vers les Sables d’Olonne. Alors, Le Cléac’h suivi comme son ombre par Thomson revenu à 33,3 milles, n’a d’autre possibilité que continuer plein nord puis dessiner une parabole en restant en bordure de l’anticyclone, dont les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, et sont plus forts.

En grand stratège, Armel Le Cléac’h vise les îles Scilly au sud-ouest de l’Angleterre, et effectue un ultime virement de bord mercredi 18 janvier à 16 heures 30, avant de plonger en direction de la Vendée.

Il rase le DST (Dispositif de Séparation de Trafic) à Ouessant à minuit. Après une nuit de veille à slalomer entre pêcheurs casiers et cargos sous un froid sibérien, il longe Penmarc’h puis Belle île au petit matin, et enfin Yeu à l’heure du déjeuner. « Je suis en mode Figaro » explique t-il, ce qui signifie qu’il n’a pas fermé l’œil depuis plusieurs jours, sans avoir le temps de cogiter et savourer son retour à terre.
 

19 janvier 2017 : Le Triomphe !


Alex Thomson a fini par craquer. Il a viré trop tôt et explique lors de la vacation : « Je pense que je ne pourrais pas le rattraper à part si j’arrive à faire marcher mon pilote en mode vent. Je ne vois plus vraiment d’option… Je suis épuisé, j’ai envie de dormir pendant une année ! ». Cette fois, le 8ème Vendée Globe est joué. Tel un pilote de ligne, Armel a annoncé deux jours auparavant qu’il serait sur la ligne d’arrivée vers 16 heures 30 ce jeudi 19 janvier.
 

©DPPI - BPCE


Et c’est à 16 heures 37 exactement, qu’à l’étrave de Banque Populaire VIII dans un état de fraîcheur incroyable, qu’Armel Le Cléac’h dans son ciré blanc immaculé peut enfin se lâcher. Il lève les bras au ciel, avant de « craquer » quelques minutes plus tard en direct devant les caméras, submergé par l’émotion et le bonheur de la victoire.

En 74 jours 3 heures et 35 minutes, cet immense marin vient d’établir le nouveau temps de référence sur le tour du monde en monocoque en solitaire, sans escale et sans assistance, améliorant le chrono de 3 jours 22 heures et 41 minutes, réalisé il y a quatre ans par François Gabart.

Mieux, il est le premier à terminer trois Vendée Globe de suite classé et sur le podium (2ème en 2009, 2ème en 2013, 1er en 2017).

Il peut enlacer sa femme et ses deux enfants, avant d’embouquer le chenal des Sables d’Olonne sous un magnifique feu d’artifice !

Malgré le froid polaire, ils sont plusieurs dizaines de milliers de supporters à l’acclamer.
 

®DPPI - BPCE



Le Héros du Vendée Globe, comme le titre la presse, a été fidèle au rendez-vous qu’il s’était fixé.

Michel Desjoyeaux, Thomas Coville, Loïck Peyron, Alain Gautier, Vincent Riou ou François Gabart sont tous là pour féliciter.

Une fois amarré, Armel prend le temps de répondre aux nombreuses questions des journalistes qui l’ont accueilli sur le ponton, avant de prendre place sur le podium face à une foule admirative. Quelques instants intimes autour de son premier repas en famille et Armel fait salle comble lors de sa conférence de presse. Une soirée festive s’enchaine…

La nuit est courte pour le champion, qui après les sollicitations médiatiques tôt le lendemain matin, va accueillir son brillant dauphin sur le tapis rouge du ponton. L’image de leur amicale accolade restera dans les mémoires…

Trois jours plus tard, Armel est naturellement présent pour l’arrivée de son ami Jérémie Beyou sur Maître Coq. Le bateau du triple vainqueur de la Solitaire du Figaro, n’est autre que son ancien Banque Populaire avec lequel il a terminé second du Vendée Globe précédent.

Le Vendée Globe a duré bien plus que 74 jours pour Armel : « C'est un projet de dix ans, dix ans de ma vie : trois fois le Vendée Globe et trois fois jusqu'au bout. » Maintenant, il profite et savoure sa victoire en préparant ses prochains défis..


 

 




 

 

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