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Quand France renaît de ses cendres…

Premier bateau ayant défendu les couleurs de la France sur la Coupe de l’America sous les commandes du Baron Bich, le 12m JI* France aurait pu finir son existence oublié sur un ber de l’Ecole Navale de Lanvéoc (Finistère). C’était sans compter sur quelques passionnés qui, en 2010, décidèrent de lui offrir une seconde vie et de restaurer ce plan Mauric qui, depuis, déploie ses ailes sur les régates classiques en Atlantique.


43 ans après, il n’avait pas pris une ride ! Lorsqu’a été remis à l’eau le 12 avril 2013 le 12m JI France à Arzal (Morbihan), quelques larmes ont coulé sur les joues des marins qui, quatre décennies plus tôt, avaient eu l’immense bonheur de naviguer à son bord à l’occasion des éditions 1970, 1974 et 1977 de la Coupe de l’America. A la fin des années 60, le Baron Bich, passionné de nautisme, décide en effet de se lancer à l’assaut du plus vieux trophée sportif du monde, une grande première pour la France. Pour cela, il crée l’Association Française de la Coupe de l’America (AFCA), dont il prend la présidence, et confie à l’architecte André Mauric le dessin d’un monocoque construit en France, comme le veut le règlement, en l’occurrence à Pontarlier, dans le Doubs, par les maîtres charpentiers suisses du chantier Egger.

« Une cathédrale de bois », s’émerveille Thierry Verneuil, aujourd’hui trésorier de l’AFCA (Association Française pour la Coupe de l'America), faite de trois plis en acajou de plus de trente ans, longue de 19,08m pour 3,85 de large et un poids de 28 tonnes (dont 20 de lest !). Mis à l’eau en 1970 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), le plan Mauric à la robe bleue est embarqué pour Newport, pour la Coupe de l’America, où il est battu dans le brouillard par l’Australien Gretel malgré le renfort d’Eric Tabarly, appelé à la rescousse par le Baron Bich. Quatre ans plus tard, après avoir coulé en 1971 par 20 mètres de fond au Danemark lors d’un remorquage, France retrouve la Coupe de l’America, mais s’incline encore contre un navire australien, Southern Cross. Rebelote en 1977 : préféré à son successeur France II, jugé plus lent, il perd face à Australia, avant de servir de sparring-partner en 1980 à France III pour la dernière campagne du Baron Bich.

L'intérieur de France

Le 12m JI est ensuite prêté à la Suisse qui tente, en vain, de monter un défi baptisé Helvetia, mais il est partiellement incendié et rentre finalement en France, donné par l’AFCA à l’Ecole Navale où il est utilisé comme bateau d’entraînement pour les officiers de la Marine. Cette dernière n’ayant plus les moyens d’assurer son entretien, France, après une ultime navigation lors de Brest 1992 avec Eric Tabarly à sa barre, finit désarmé sur un ber et sous une bâche, où le retrouve l’un de ses anciens barreurs sur la Coupe (1977), Bruno Troublé, à l’occasion d’un Grand Prix de l’Ecole Navale. « Un jour, il me dit : « Viens voir le bateau, c’est dommage de le laisser à l’abandon, on devrait trouver une manière de le remettre en état et de le faire naviguer », explique Thierry Verneuil. « Nous sommes allés à Lanvéoc, où nous avons été très bien reçus par les amiraux, nous avons soulevé la bâche en propylène bleu, et là, nous avons trouvé le pont pratiquement dans l’état dans lequel il avait été mis au sec vingt ans plus tôt, avec les voiles bien pliées, tout bien propre… Et quand nous sommes descendus à l’intérieur, nous avons constaté que l’état général, y compris de la coque, semblait parfait, sans aucune altération, on s’est dit : Pourquoi pas ? »

10 mois de chantier…


Restait à réactiver l’AFCA, en sommeil depuis des années, trouver un financement, soit 600 000 euros, assuré en bonne partie par la famille Bich, mais aussi des souscripteurs privés, la Fondation du Patrimoine (le bateau avait été classé Monument historique en 1992 par le ministre de la Culture de l’époque, Jack Lang), le département du Morbihan et la région Bretagne, puis choisir un chantier pour la restauration. « La Marine nous l’a rendu fin 2011 et nous l’avons amené à Arzal, au chantier de Vilaine, où un architecte de génie, Jacques Fauroux, s’est penché dessus », poursuit Thierry Verneuil. « Nous avons conservé le gréement à l’identique, nous n’avons pas touché à la structure qui était en très bon état, preuve de la qualité de la construction, si ce n’est que nous avons renforcé l’arrière. Nous avons en revanche re-fabriqué une bonne partie des barrots du cockpit, refait l’étanchéité du pont et la peinture, et commandé des voiles chez All Purpose à La Trinité, absolument magnifiques, en dacron, parce que nous voulions garder l’esprit de l’époque. »

" Beaucoup d’équipiers ayant navigué dessus dans les années 70 ont pleuré, ça a fait remonter beaucoup de souvenirs de jeunesse. "

Thierry Verneuil, Trésorier de l'AFCA


Le tout dure dix mois et c’est donc le 12 avril 2013 que France, après un peu plus de vingt ans d’inactivité forcée, retrouve l’élément liquide puis son port d’attache de La Trinité. « Beaucoup d’équipiers ayant navigué dessus dans les années 70 ont pleuré, ça a fait remonter beaucoup de souvenirs de jeunesse. C’est un bateau qui ne laisse pas indifférent, d’autant que peu de 12m JI naviguent en Atlantique ». Ce qui est le cas du vénérable plan Mauric qui, depuis la première course de sa nouvelle vie, le Tour de Belle-Ile 2013, participe à de nombreuses régates de voile classique (moyennant un budget de fonctionnement annuel de 60 000 euros), se distinguant par ses performances au près. « Il est jouissif dans ces conditions », confirme Thierry Verneuil. « Avec 10 nœuds de vent, il avance à 8,5 nœuds à 26 degrés du vent, il procure un plaisir à la barre absolument incroyable malgré ses 28 tonnes. » Pilier de l’équipage, le trésorier de l’AFCA se fait également fort de l’ouvrir à de jeunes adultes, de plus en plus présents à bord : « D’abord parce que c’est un bateau exigeant physiquement, ensuite parce que le but est de leur passer la main. » A charge pour eux d’entretenir à l’avenir la flamme de ce France sauvé de l’oubli…

 

Crédits photos : 

AFCA

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