News

Passion

Portraits

Coups de coeur

Photos

Albums

Videos

Chaines

Lexique

Aucun résultat n'a été trouvé pour votre recherche,
Essayez à nouveau

Gérard Petipas, le marin aux sept vies Navigateur

Nom : Petipas

Prénom : Gérard

Date de naissance : 23 novembre 1939 à Granville

La couleur : bleu des mers du sud.

Un livre : Le Rouge et le Noir de Stendhal

Un film : le Crabe Tambour


Des pages et des pages ne suffiraient pas pour évoquer la vie ou les vies de Gérard Petipas. Capitaine au long cours, navigateur, journaliste, expert maritime, directeur de la société Pen Duick, éditeur de livres de mer, organisateur de courses, président de l’Association Eric Tabarly, toute tentative de le ranger dans une case serait vouée à l’échec et forcément incomplète. Évident ! Granvillais d’origine, âgé aujourd’hui de 78 ans, venu à la voile sur le tard, il est une figure emblématique du monde maritime auquel il voue une passion immodérée revendiquant, en toute légitimité, une complicité sans faille avec Eric dont il fut pendant des décennies son compagnon de route.

Comment se sont-ils rencontrés ? Sans surprise, sur l’eau, en 1961 au départ d’une course du RORC, Cherbourg-Cowes. À 22 ans, jeune lieutenant de la marine marchande, Gérard est tout naturellement préposé à la navigation sur Espadon, un ancien 6 m JI de Granville. Eric, lui, navigue sur Pen Duick, premier du nom, le plan Fife qu’il a remis en état en plastifiant la coque à la Trinité sur mer. Quatre années plus tard, encore à Cherbourg, Gérard est toujours navigateur mais sur Chin Blue, un sloop de la série des Blue Charm sur plan Illingworth. Eric, lui, auréolé de sa victoire dans la Transat anglaise de 1964, mène Pen Duick II. L’histoire aurait pu s’écrire avec le mot fin. C’était sans compter sur cette deuxième rencontre née d’un heureux hasard. Au cœur de la nuit dans le port cherbourgeois, l’équipage de Chin Blue vient s’amarrer, faute de place disponible, à couple de Pen Duick II. « Au petit matin, raconte Gérard, Guy Tabarly, le père d’Eric nous a proposé de nous acheter des croissants et du pain frais avant de nous réunir pour le petit-déjeuner dans le cockpit de Pen Duick II. J’étais impressionné. Par l’homme, par son exploit dans la Transat anglaise, mais surtout par son génie visionnaire. Sa capacité à concevoir ce bateau qui avait cassé les codes de la navigation en solitaire. » D’emblée le courant passe entre les deux officiers de marine. Ils parlent le même langage.  Mieux encore, après la course, au départ de Granville, Gérard embarque sur le II pour une croisière dans les anglo-normandes ponctuée d’une escale à Chausey puis d’un détour par l’archipel des Minquiers.   « Tout de suite Eric m’a confié la responsabilité de la nav, raconte Gérard. Mais je dois avouer qu’en rentrant à la voile aux Minquiers je n’en menais pas large. C’est un vrai champ de mines truffé de cailloux. En cette occasion, j’ai découvert l’un des traits de sa personnalité. Pour lui, rien n’était impossible. »Nous sommes à la fin de l’été 1965. Gérard Petipas reprend du service à la passerelle d’un bananier de la Compagnie Générale Transatlantique avant qu’une lettre lui arrive à Fort de France. En quelques mots laconiques, Eric lui propose d’embarquer pour la course des Bermudes puis pour les Bermudes-Copenhague. Le rêve, pour Gérard. Son bâton de maréchal : assumer la navigation en course sur Pen Duick II aux côtés d’équipiers confirmés, Philippe Lavat, Michel Vanek, Alain Gliksman . « Le travail à la table à cartes n’était pas le truc d’Eric. Il aimait par dessus tout veiller à la marche du bateau. Manœuvrer, montrer l’exemple, de jour comme de nuit. » Si l’on ne peut encore parler d’amitié, une confiance réciproque s’établit entre les deux hommes. Et ça marche. Pen Duick II termine 3ème de la course des Bermudes avant de s’engager dans la course retour Les Bermudes-Copenhague où la perte de safran au 3ème jour de l’épreuve contraint Petipas à surpasser. Faire rentrer Pen Duick II par temps de brume à Saint Pierre et Miquelon. À bord, la carte des lieux brille par son absence. Qu’importe ! Le jeune officier de marine la redessine en s’aidant du livre des feux du SHOM. 
 

J'étais impressionné. Par l’homme, par son exploit dans la Transat anglaise, mais surtout par son génie visionnaire.

Gérard Petipas


 

Gérard Petipas et Eric Tabarly


Sans aucun doute, Eric a trouvé en Gérard Petipas le compagnon idéal. Il affiche pragmatisme et rigueur. Il se révèle non seulement un navigateur talentueux mais également l’homme capable de faire le tampon avec l’équipage de furieux de Pen Duick III, la goélette en aluminium, lancée en juin 1967 pour participer aux courses anglaises. « Sur Pen Duick III, raconte Gérard, l’absence d‘organisation m’incitait à m’occuper de la logistique. Eric, c’était De Gaulle, l’intendance devait suivre. Les Kersauson, Lavat, English, Fournier, Guégan, étaient plus jeunes que moi et préféraient s’adresser plus souvent à moi qu’à Eric. Je jouais en quelque sorte le rôle de second capitaine. » Nul doute que la saison 1967de Pen Duick III s’inscrira dans les annales. Du jamais vu, une moisson de succès. Sept courses, sept premières places marquées par des victoires dans le Fastnet et dans la mythique Sydney-Hobart saluée par un numéro spécial de Paris Match. Eric a trouvé avec Gérard plus qu’un navigateur, mieux qu’un confident. Ils ont tissé des liens d’amitié. Sans domicile fixe, Eric habite chez les Petipas quand il se déplace à Paris. Tous deux sont sur la même longueur d’onde. A Eric, les projets les plus fous, débuter en 1973 la construction d’un nouveau bateau, Pen Duick VI sans financement mais avec le soutien de la D.C.A.N de Brest*. À Gérard, les tâches les plus ingrates, la recherche de financement, et les causes les plus désespérées. Pour preuve ce fait héroïque : le transport d’un nouveau mât par avion depuis Paris jusqu’à Rio suite au démâtage du bateau dans la première étape de la Course autour du monde en équipage. Maudite Whitbread ! Un second démâtage au départ de Sydney ne fait qu’accumuler les dettes de la société Pen Duick dont Gérard assume la présidence. Baisser les bras, serait mal le connaître. Il a toute la confiance d’Eric. «

S’il prenait une décision, il ne manquait pas de m’en parler. Si je prenais des engagements pour lui, il les tenait.

Gérard Petipas et Eric Tabarly

Je dois même avouer que notre mode de fonctionnement étonnait bon nombre de personnes de son entourage. » Touché mais pas vaincu

Qu’importe si Gérard ne connaît rien au monde du livre, il lance sa propre maison d’édition. Son premier ouvrage sorti à compte d’auteur, le Tour du monde de Pen Duick VI écrit par Tabarly va se révéler un succès. C’est le début de l’embellie. L’horizon s’éclaircit au prix d’une tournée dans les comités d’entreprise. Dans rôle du chauffeur de la 4L et du comptable Gérard Petipas. Dans celui de l’auteur chargé de dédicacer à tour de bras, Eric Tabarly. Ça marche et plutôt bien d’autant qu’en 1976, Gérard est toujours présent pour gérer l’après victoire de son ami dans la Transat en solitaire anglaise de 1976. À l’heure où faute de nouvelles, on annonce Tabarly disparu, que la Marine lance des recherches, Gérard  se veut rassurant. Il ne saurait douter. Mieux que personne, il connaît le sens marin d’Eric, sa capacité à affronter le mauvais temps. Tout comme il sait son aversion pour tout ce qui touche aux moyens de communication. On annonçait Alain Colas victorieux à Newport, c’est Tabarly qui arrive au petit matin en catimini dans le port américain. Victoire incroyable, prétexte à un déferlement médiatique judicieusement géré par Petipas. Émissions de télévision, défilé sur les champs Elysées, grâce et par Gérard, Eric est omniprésent comme il le sera durant l’été 1980 en battant sur Paul Ricard le record de la traversée de l’atlantique. Eric est au vent de sa bouée.  C’est la fin des vaches maigres. La société Pen Duick retrouve des couleurs. Gérard répond à l’appel des britanniques pour organiser l’Europe 1 Star avant de se lancer une nouvelle fois dans une épreuve originale, la Course de l’Europe, puis dans la Transat Jacques Vabre.

Gérard a 59 ans quand Eric disparaît l’été 1998 à bord de Pen Duick. Un choc évidemment, une détresse infinie mais également le devoir de poursuivre l’œuvre de son ami le plus cher. Avec les camarades de promotion d’Eric, de Jacqueline Tabarly, les soutiens d’Annette Roux, présidente du chantier Bénéteau, de son camarade Philippe Court, il va se battre pour créer à Lorient la Cité de la Voile Eric Tabarly. Pour faire naviguer les cinq Pen Duick, assurer leur entretien, il crée l’Association Eric Tabarly dont il assume aujourd’hui la présidence. Avec le soutien  de la Banque Populaire, fidèle partenaire officiel depuis 17 ans, il se dépense sans compter sans jamais déroger à ses convictions. Il est vrai qu’aujourd’hui, il n’entend plus cette petite phrase mainte fois répétée par Eric : « Demandez à Gérard ou voyez avec Gérard. » Il est désormais seul mais reconnaît que depuis 20, ans son compagnon est toujours bien présent pour le guider, l’aider dans ses grandes décisions.


* Arsenal de Brest

Crédit photos : Bernard Rubinstein

News

Les travaux d'hiver s'achèvent pour les 5 Pen Duick

Les Pen Duick, bateaux mythiques entretenus et gérés par l’Association Eric Tabarly, soutenue depuis plus de 15 ans par la Banque de la Voile, sortiront dans quelques jours de leurs chantiers d’hiver respectifs. Retour sur les travaux effectués avant une saison à venir conséquente.

En savoir plus
Toutes les news