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Paul Elvström Navigateur

Quadruple champion olympique en FINN, sept fois champion d’Europe, treize fois champion du monde, le Danois, cofondateur de la célèbre voilerie éponyme au logo constitué d’une couronne rouge, a marqué de son empreinte la voile de compétition durant plus de quarante ans. Elvstrom a remporté ses premiers Jeux Olympiques à 20 ans, et disputé ses derniers à 60, avec comme équipière, Trine, la dernière de ses quatre filles. Il reste une légende de la régate, un grand entrepreneur et un personnage clé dans l’essor de la plaisance.

À Torquay sur la côte Sud anglaise, lors des premiers Jeux olympiques d’après-guerre, une brise souffle à « décorner les bœufs » pour la dernière manche, qui s’annonce cruciale. Nous sommes au mois d’août 1948. Un jeune homme blond et longiligne encore inconnu, s’impose dans cette ultime course face aux favoris, tel que le Français Jean-Jacques Herbulot, architecte du Vaurien de la Caravelle ou du Corsaire. À la barre de son Firefly, le jeune Elvstrom décide d’affaler le foc et réduire sa grand-voile quand il remonte contre le vent, ce qui n’est guère académique mais malin. Quand ses adversaires surtoilés chavirent au large, lui s’abrite près de la côte où le vent et la mer sont moins méchants. Il remporte la manche et ses premiers JO avec autant d’intelligence que de sens marin. Certains observateurs parlent de chance, ce qui déjà agace le jeune prodige, qui dès l’âge de dix ans et très sûr de lui, affirmait qu’il allait tout gagner. Derrière le garçon réservé, se cache un véritable « guerrier » en régate.
 

Paul Elvstrom - Copryight : Gilles Martin RAGET

Guère porté vers les études se définissant comme un « cancre », handicapé par sa dyslexie, celui qu’on va surnommer « le Danois volant » passe tout son temps libre sur l’eau quelle que soit la saison. En 1952 à Helsinki, en 1956 à Melbourne, en 1960 à Rome, à la barre de son Finn, il remporte trois nouvelles médailles d’or olympiques consécutives. Du jamais vu. La légende est en route. Elvstrom qui a vu que la performance passe inévitablement par une condition physique optimale, va transformer le yachting en sport. L’hiver, dans les faubourgs de Copenhague quand la glace ne lui permet pas de naviguer, lui parfait sa musculature. Il installe dans le sous-sol de sa maison à côté du sauna un banc de rappel équipé de poulies reliées à des haltères, et passe des heures à renforcer ses abdominaux et biceps. Toutes les équipes nationales de voile s’emparent de son idée, et son installation préfigure ce qui existe aujourd’hui dans les salles de fitness et de musculation. Puis, lors d’un chavirage alors que les sangles de rappel ont cédé, il se rend compte en remontant sur son dériveur que ses pulls mouillés apportent un surcroît de poids et donc de puissance. Alors avant chaque départ, il se plonge désormais dans l’eau même glacée, afin de « lester » ses vêtements, puis lance la mode des gilets de poids remplis de poches d’eau de mer.

Tout le monde veut copier le roi Elvstrom !

Tout le monde veut copier le roi Elvstrom ! Ces « ballasts » de torture sont alors adoptés par tous ses adversaires, avant d’être interdits après 1988 pour avoir généré des lombalgies et pire, détruit des centaines de dos. Paul Elvstrom est aussi un monomaniaque, féru de technologie. Insatisfait par les voiles en coton, lourdes et qui se déforment, il décide en 1954 de concevoir les siennes lui-même. Sans diplôme mais doté de doigts en « or », il s’associe avec Erik Johansen, son ami d’enfance et premier équipier. Eric est tailleur de pantalons et Paul construit des maisons. Ils achètent alors un rouleau de tissu italien en Nylon, et décident de concevoir une voile avec de petits panneaux afin de diminuer l’élasticité. Dès le week-end suivant, cette voile assemblée dans la cave de Paul remporte sa première régate.

Elvstrom dessine lui-même le logo - une couronne danoise rouge aux couleurs du drapeau son pays. Le succès est immédiat, et de l’Optimist au Finn ou au 505, tout le monde veut du « Elvstrom ». Erik Johansen qui a aussi du flair en affaires, propose de s’implanter dans le Sud de la France à Cannes, où le potentiel dans le développement de la plaisance lui paraît énorme. Le succès ne se fait pas attendre, et la voilerie Elvstrom Sails grandit vite. Tous les grands chantiers veulent équiper leurs bateaux de ces voiles danoises à la fois légères, performantes et moins chères que les voiles américaines Hood. L’atelier du Cannet de 300 m2 est rapidement remplacé par un plancher de 2000 m2 à Cannes La Bocca. Les trois jeunes fils d’Eric, tous champions d’Optimist se révèlent aussi de redoutables commerciaux, et vendent leurs voiles après chaque victoire. La voilerie Elvstrom devient la plus grande d’Europe, et aussi l’une des plus innovantes. Paul n’arrête pas pour autant de régater, au contraire.

Il brille en 505, en Star, en FD, en Snipe… remporte tous les championnats du monde, est le meilleur ambassadeur possible pour la marque, et se tourne vers la course habitable. Il dessine Bes, un prototype novateur avec lequel il gagne le championnat du monde en 1972. Puis Paul s’associe avec le chantier français Bénéteau (l’un des plus gros clients de la voilerie Elvstrom) pour remporter ensuite avec Jérôme Langlois, l’un des dirigeants à Cannes, la Half-Ton Cup sur King One un plan Berret construit en Vendée par le premier constructeur mondial de voiliers. Il rejoint à la demande du Baron Bich le 12 MJI France pour la Coupe de l’America, mais éprouve les pires difficultés à se fondre dans une équipe pléthorique et cosmopolite. « Je crois n’avoir jamais aimé les gros bateaux » raconte t-il. « Sur une grosse unité, il faut apprendre à tout le monde à manœuvrer parfaitement, il y a trop d’équipiers et on ne dispose jamais assez de temps pour s’entraîner. » Son cœur bat décidément pour l’olympisme. À part les JO de 1964 à Tokyo et 1980 à Moscou, il ne manque aucun de ces rendez-vous incontournables. En 1968 à Acapulco, il termine au pied du podium en Star, tout comme en 1972 à Kiel en Soling. Et en 1988, après avoir remporté deux titres de champion d’Europe avec sa dernière fille Trine, et pris la sixième place à Los Angeles quatre ans plus tôt, il dispute ses huitièmes et derniers JO sur Tornado. Sa fille n’ayant pas le gabarit et le poids requis sur ce catamaran très physique, il imagine un stick télescopique et barre au trapèze.

Trine n’a guère droit au chapitre entre les bouées. Son père décide de tout, de la tactique, du placement, des voiles. Le seul équipage père-fille dans toute l’histoire des JO termine seizième… loin derrière les nouveaux champions olympiques, les Français Jean-Yves Le Deroff et Nicolas Hénard, aujourd’hui respectivement directeur de l’École Nationale de Voile et des Sports Nautiques et Président de la Fédération Française de Voile. La période de gloire touche à sa fin. Il perd le contrôle de la voilerie qui porte son nom et le vit mal. Le jeune Britannique Ben Ainslie qui remporte cinq médailles olympiques dont quatre consécutives en or, bat son record que l’on pensait indéboulonnable. Très affecté par le décès de sa femme, Paul Elvstrom que le Danemark a élu « sportif du siècle », a une fin de vie douloureuse, atteint de la maladie de Parkinson. Cloitré chez lui dans sa maison natale à Hellerup au bord de la Baltique, il s’éteint le 7 décembre 2016, à 88 ans.

 

Crédit Photo : Gilles Martin / RAGET