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La Mini Transat a 40 ans

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La Mini Transat a 40 ans

Depuis 1977, toutes les années impaires au moment de l’automne, près de mille marins anonymes ou futurs grands de la course au large ont disputé la Mini Transat en solitaire sur des bateaux de seulement 6,50 mètres. Preuve de son incroyable succès, ils sont encore 81 skippers de dix nations, dont dix femmes, pour cette 21ème édition de la Mini Transat - La Boulangère partira le 1er octobre de La Rochelle, cap sur les Canaries puis la Martinique.
 

Copryight : Breschi / Mini Transat La Boulangère

Désireux de prendre à contre-pied les organisateurs de la Transat Anglaise et de la future Route du Rhum, un britannique, Bob Salmon a organisé une nouvelle course ouverte à plusieurs classes de bateaux, dont la taille est illimitée. C’est en 1977, que le britannique lance l’idée d’une transat en solitaire. Aucune campagne de publicité, nulle conférence de presse de lancement ne verront le jour, mais simplement une petite annonce dans quelques magazines spécialisés. Son idée suscite beaucoup d’envie, c’est pourquoi ils seront 26 au départ de Penzance sur la côte Sud anglaise à mettre le cap sur Antigua dans les Caraïbes.

C’est un Français, Daniel Gilard, sur un petit croiseur de série - le Serpentaire - qui s’impose au bout de 28 jours de mer devant le Polonais Jaworski et un jeune marin normand du nom de Halvard Mabire, qui a décidé de couper son bateau de croisière pour le mettre à la taille exigée (6,50 mètres). Outre Halvard Mabire, à la stature de viking, futur équipier et navigateur d’Eric Tabarly, un prof de mathématique à la carrure aussi impressionnante, termine quatrième : Jean-Luc Van den Heede. Il va ensuite disputer cinq tours du monde en solitaire, dont deux Vendée Globe, terminant chaque fois sur le podium. Le cinquième, Bruno Peyron est le frère aîné de Loïck.

C’est le début d’une formidable saga. Deux ans plus tard, ils sont 32 amarrés dans le petit port de Penzance, dont un jeune Américain inconnu, Norton Smith, qui se présente au départ de la course avec un prototype original muni de ballasts (réserves d’eau de mer dans les flancs) alors que ses concurrents arment des croiseurs de série tel le Muscadet, un plan en contre-plaqué dessiné par le Rochelais Philippe Harlé. Sur son voilier de course, Smith survole la course. Jean-Luc Van den Heede, alias VDH, et Daniel Gilard, respectivement second et troisième n’ont pu suivre la cadence imposée par l’Américain. Ce sera la première et la dernière victoire d’un concurrent étranger
, les 18 éditions suivantes seront systématiquement remportées par un français. Bob Salmon veut ouvrir la course à des équipages en double, mais ne reçoit pas un très bon accueil des solitaires. Pourtant, des duos s’engagent dans la course avec succès, jusqu’au jour où un équipage manque de s’entretuer à coup de couteaux dans un accès de folie, ne supportant plus de vivre dans quelques mètres carrés et en vase clos. En 1985, Salmon confie l’organisation de la Mini Transat à l’association française Voile 6,50 présidée par le journaliste Jean-Luc Garnier.


La course part de Brest pour rejoindre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, et les jeunes marins se pressent au départ. L’époque des bateaux de série vainqueurs semble révolue, et les architectes conçoivent des prototypes de plus en plus affûtés et innovants. Un tout jeune ingénieur en composite qui se nomme Yves Parlier, s’impose haut la main sur Aquitaine qu’il a construit de ses mains. Son prototype est équipé du premier mât en carbone. La Mini Transat est un laboratoire d’innovations, le règlement laisse beaucoup de liberté quant à la conception du bateau, à condition que la longueur n’excède pas 6,50 mètres. Cette liberté engendre des bateaux truffés d’idées et de technologie. Certaines idées seront notamment reprises sur les 60 pieds Imoca du Vendée Globe, comme la quille basculante, imaginée par l‘architecte Pascal Conq et éprouvée par un certain Michel Desjoyeaux. Le bout dehors orientable, le gennaker, les ballasts et d’autres innovations seront également rapidement reprises.

L’autre particularité de cette course en solitaire, qui désormais se dispute en deux étapes avec une escale aux îles Canaries, est l’interdiction des moyens de communication modernes. L’équipement de navigation doit par ailleurs être aussi rudimentaire que possible.

Les marins disposent uniquement d’une radio BLU (Bande Latérale Unique) permettant d’écouter le bulletin météo diffusé par RFI (Radio France International) d’une VHF pour communiquer avec les autres concurrents sur de faibles distances. Pour se positionner- le GPS n’arrivant que plus tard sur le marché et étant autorisé en 1995 seulement – les skippers ont un sextant. À l’aide d’une montre et d’éphémérides, ils font
une droite de hauteur via le soleil et reportent leur position sur la carte marine de l’Atlantique. Aussi, pour se recaler, les erreurs de navigation étant fréquentes, croiser un cargo est une aubaine pour vérifier précisément sa position.


La Mini Transat a beau être une aventure et une course initiatique, permettant à des amateurs de traverser l’Océan Atlantique en solitaire et avec un budget plus que serré, elle attire aussi les futurs champions de la course au large, qui voient là l’opportunité de se faire un nom avant de poursuivre par le circuit de la Solitaire du Figaro, les transats en multicoque et le Vendée Globe. Nombreux sont les skippers de renom* qui considèrent la Mini-Transat comme un tremplin incontournable pour faire leurs armes avant des courses au large prestigieuses comme le Vendée Globe, la Solitaire du Figaro... L’adage « Passe ta Mini d’abord ! » n’a jamais été aussi vrai.

Cette année pour les 40 ans de l’épreuve, cohabitent à la fois des bateaux de série et des prototypes dernier cri, munis des dernières évolutions technologiques. Un bateau sort du lot : Arkema 3. Il est construit dans une matière recyclable, possède des foils permettant de voler et en guise de voile, d’une aile épaisse à deux volets. C’est tout l’esprit « Mini » véritable laboratoire de la course au large.

Copryight : Breschi / Mini Transat La Boulangère



Pour aller plus loin : l’excellent livre « 40 ans de Mini-Transat – À la rencontre de l’Homo oceanus minitransatus » par Patrick Benoiton vient de paraître aux éditions Glénat et retrace en détails la saga de cette transat unique.

*Isabelle Autissier, Catherine Chabaud, Ellen MacArthur, Jeanne Grégoire,  Laurent et Yvan Bourgnon, Bruno et Loïck Peyron, Roland Jourdain, Michel Desjoyeaux, Thomas Coville, Lionel Lemonchois, Thierry Dubois, Yannick Bestaven, Damien Grimont, Tanguy de Lamotte ou Thomas Ruyant .
 

Copryight : Breschi / Mini Transat La Boulangère

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