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La route du café

Découvert au Moyen-Orient, popularisé en Europe à partir du XIVème siècle, le café a été cultivé dans les Antilles à partir du XVIIIème siècle. Retour sur une histoire riche à laquelle la Transat Jacques Vabre fait hommage en se rendant pour la première fois en Martinique cette année.

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Café

Il s’était promis d’en prendre soin, de les conserver comme un trésor. Le jeune officier de marine, Gabriel Mathieu de Clieu, habitué des grandes traversées, achète lors d’une permission à Paris des plants de caféiers en 1723.  Son objectif : en ramener pour les cultiver en Martinique, là où il est installé, sur les terres du Nouveau Monde. Afin de les protéger, il installe les caféiers dans une petite boîte couverte de plaques en verre afin d’être certain qu’ils résistent au long voyage qui les attend. Son navire, chargé de vivres, quitte le port de Nantes en cette même année 1723.

 

Une traversée de l’Atlantique épique

Le voyage est loin d’être de tout repos. Au cœur de la traversée, le capitaine fait face à une tentative de sabotage de la part d’un matelot qui rêvait de le remplacer. Une poignée de jours plus tard, les voyageurs sont victimes d’une attaque de pirates qui les obligent à se défendre avec virulence. Ensuite, ce sont les éléments qui se déchaînent : une violente tempête éclate et fait craindre le pire à Mathieu de Clieu et ses hommes. Dans l’urgence, ils jettent par-dessus bord des vivres et une grande partie de la réserve d’eau douce pour alléger le bateau.

Ils tiennent bon mais les épreuves ont laissé des traces et les derniers jours sont longs, très longs, notamment à cause d’un manque de vent. Le capitaine décide alors de partager ses dernières rations d’eau douce avec ses caféiers. Son abnégation et la résistance de tous, à bord, est finalement récompensée. Arrivé au port de Saint-Pierre, les retrouvailles réchauffent les cœurs, les sourires égayent les visages. Ils sont nombreux à avoir survécu et les caféiers aussi.

 

De la Martinique à l’ensemble des Caraïbes

Le capitaine décide de les planter dans sa propriété au Prêcheur, au nord-ouest de la Martinique. Après le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe, le café est donc cultivé pour la première fois de l’histoire de l’autre côté de l’Atlantique. Et la production de « l’or noir » va s’étendre des Caraïbes à l’Amérique du Sud. Pourtant, en 1727, le tremblement de terre qui frappe la Martinique détruit une grande partie des cultures, notamment celles de cacaotiers. Néanmoins, les caféiers résistent et, bientôt, des pieds sont installés dans les îles voisines, notamment en Guadeloupe et à Saint-Domingue.

Le transport de cette production n’est pas toujours lié à des missions officielles commanditées par des États. Ce sont parfois des missionnaires, des marchands ou de simples voyageurs qui les initient et les exportent dans toutes les îles des Caraïbes. Dans le même temps, partout en Europe, la consommation de café n’en finit plus de se développer. Sur tout le Vieux continent, de Paris à Rome, on se rend désormais dans des « cafés » comme Proust, Musset, Georges Sand ou encore Chateaubriand et Stendhal.

 

Quand la Martinique souhaite relancer la filière

Amateurs de café, tous oublient que cette production est liée en grande partie à l’esclavage.

Dans les Antilles en effet, la production s’intensifie et la demande de main d’œuvre est de plus en plus importante. Alors, les producteurs font appel à des esclaves par dizaines. L’abolition de l’esclavage en France, en 1848, mettra un coup d’arrêt brutal à la production.

Si la production est assurée, jusqu’à la fin du XIXème siècle grâce à l’arrivée d’immigrés indiens, elle diminue largement.

Car en parallèle, de nombreux pays, notamment en Amérique du Sud, industrialisent la production afin de répondre à une demande mondiale toujours plus conséquente. Dans les Antilles progressivement, les industriels du secteur délaissent le café pour la canne à sucre, notamment pour produire du rhum. Si certains particuliers conservent des plants de caféiers pour leur consommation personnelle, il faut attendre 2017 pour que la Collectivité territoriale de Martinique, le Parc naturel de l’île et plusieurs associations s’attèlent à relancer la filière.

La production reste certes confidentielle mais elle permet de valoriser un savoir-faire et de promouvoir le « made in France » à l’heure où les consommateurs sont de plus en plus vigilants sur la provenance des produits. L’occasion, aussi, de ne jamais oublier qu’il a fallu le courage d’un homme et de son équipage, au XVIIIe siècle, pour exporter « l’or noir » de l’autre côté de l’Atlantique.

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