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Le voyage hors norme de l’Hermione

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Le voyage hors norme de l’Hermione

Après un chantier de construction de 17 ans, la réplique de la frégate du marquis de La Fayette a quitté Rochefort en avril 2015, pour un périple de 10 000 milles. Elle retrouvera son port d’attache après une tournée estivale sur les côtes américaines.
Pendant quatre mois et demi, marins professionnels et volontaires – dont beaucoup étaient néophytes – ont partagé une aventure singulière sur ce majestueux navire, copie conforme de l’original du 18e siècle, forcément particulier à manœuvrer. Quant au public, il a salué l’aventure à sa juste valeur

 

C’est l’histoire d’un défi fou…

Ce défi a débuté avec la reconstruction à l’identique, et selon des méthodes artisanales, de la frégate Hermione avec laquelle le jeune marquis de La Fayette a embarqué en 1780 pour rejoindre l’Amérique et soutenir les indépendantistes luttant contre la tutelle britannique. Ce projet hors du commun a nécessité 17 ans de travaux à Rochefort (Charente-Maritime), là même où la frégate originale fut mise en chantier en 1778. Rappelons qu’après la guerre d’indépendance, l’Hermione, de retour en France, sombra en 1793, au large du Croisic (Loire-Atlantique) suite à une erreur de navigation. Initiée en 1997, la reconstruction s’est révélée titanesque, et ce en raison des mensurations de ce navire doté de trois mâts : 65 m de long (44,20 m pour la coque), 11,20 m de large, une masse totale de 1200 tonnes, un grand mât culminant à 54 m de haut, 1000 poulies, 2200 m2 de voilure. Le projet de voyage aux États-Unis sur les traces de La Fayette s’est concrétisé le 18 avril 2015 lorsque l’Hermione a largué les amarres pour une traversée de l'Atlantique dans les conditions de l'époque. Envoyer au grand large une réplique d’une frégate du 18e siècle n’a rien d’anodin, qui plus est avec à bord un équipage constitué d’une majorité de marins néophytes…

On naviguait à l’ancienne, sans aucun système d’aide pour les manœuvres

 

Reproduire les gestes des marins d'autrefois

Manœuvrer l’Hermione nécessitait la présence à bord de 80 hommes et femmes. Mais, pour en arriver là, une quinzaine de professionnels et 160 volontaires au total (moyenne d’âge : 27 ans) se sont relayés sur la durée du projet. Parmi eux, Tiphaine Gauthier, 29 ans. « Contrairement à la plupart des matelots volontaires, j’avais déjà l’expérience de la navigation. Mais j’ai dû tout réapprendre ! », raconte l’enthousiaste jeune femme. « L’Hermione n’a rien à voir avec un voilier moderne de 10 m. La grande barre à roue est très particulière, il y a 17 voiles à bord et partout des cordages qui ont tous un nom différent ! On naviguait à l’ancienne, sans aucun système d’aide pour les manœuvres. » Lieutenant de navigation de L'Hermione, Antoine Faure, 32 ans, souligne l’engagement physique demandé par ce voilier toilé et puissant. « Les voiles sont grandes et lourdes, les frottements sur les palans importants. C’est bourrin, rustique. Pour un virement de bord, on a besoin de tout l’équipage sur le pont, soit 80 personnes à la manœuvre ! » Antoine Faure a été surpris par les sensations procurées par l’Hermione, particulièrement lors de la transatlantique retour dans le gros temps. « Malgré sa taille et son poids, c’est un bateau vivant. Je n’oublierai jamais ce quart de nuit magique, le 6 août, durant lequel nous ne sommes pas passés loin des 12 nœuds de vitesse. Pas mal pour un bateau âgé de deux siècles et demi ! »
 

L'Hermione ©Sapiens5

« Cette traversée a changé la vie de beaucoup d’entre nous »

« On ne peut rien faire seul sur ce bateau. Pour manœuvrer, il faut engager la force du collectif, se soutenir mutuellement, c’est magnifique. Nous avons appris à connaître le bateau, à en comprendre le fonctionnement. De jour en jour, nous gagnions en précision dans les réglages de voiles », explique Tiphaine Gauthier. La vie en communauté à 80 personnes sur l’Atlantique, qui plus est dans des conditions de vent et de mer difficiles, n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. « Cela n’a pas été facile tous les jours », confirme Antoine Faure. « Mais c’est aussi ce qui a rendu l’aventure enrichissante. Il n’y a pas plus malheureux qu’un marin dans la pétole, et pas plus heureux qu’un marin dans la tempête ! L’équipage a tout donné, il a fait preuve d’une sacrée endurance morale et physique. Les moments difficiles sont aussi les meilleurs souvenirs. J’ai vécu des instants inoubliables et je me souviens surtout d’avoir bien rigolé ! » Comme le lieutenant de navigation de l’Hermione, tous ceux qui ont foulé le pont de la frégate n’oublieront pas de sitôt l’expérience. Tiphaine Gauthier : « On a vécu quelque chose de fort, d’unique. Cette traversée a changé la vie de beaucoup d’entre nous, moi la première. »

Tout au long des escales, les gens nous remerciaient sans arrêt...

Yann Cariou, Commandant

Un fort engouement populaire en France et aux Etats-Unis

Le départ festif sur l’estuaire de la Gironde a donné le ton du voyage avec un public venu en nombre saluer l’Hermione qui a effectué une première escale aux Canaries avant de mette le cap sur les Etats-Unis, où là encore, l’accueil a été chaleureux à Yorktown, Mount Vernon, Alexandria, Annapolis, Baltimore, Philadelphie, New York, Greenport, Newport, Boston, Castine et Lunenburg. « Les Américains ont été très sensibles à ce que l'on avait fait et accompli pour venir chez eux, avoir reconstruit ce bateau, ravivé la mémoire de La Fayette... Tout au long des escales, les gens nous remerciaient sans arrêt. Ils nous offraient aussi des petits cadeaux, c'était touchant », indiquait le Commandant Yann Cariou à l’issue du périple. Après une escale à Saint-Pierre-et-Miquelon, le trois-mâts a fait route vers Brest où, le 10 août 2015, il a été accueilli de manière triomphale par 400 embarcations et 15 000 personnes. « Ce moment a été magique », se souvient Tiphaine Gauthier. « Nous avions tous le sentiment d’avoir accompli quelque chose de grand et nous étions dans un état d’excitation et d’émotion assez dingue ! Pour l’arrivée à Rochefort, le 29 août, c’était aussi de la folie... » 


L’aventure continue…

Un nouveau grand voyage est prévu en 2018 pour l’Hermione. Deux options sont actuellement à l’étude. La première, un programme méditerranéen avec des escales dans des ports français mais aussi espagnols, portugais, marocains et italiens. La deuxième option possible : « un programme Atlantique/ Caraïbes/ Floride/ Louisiane », l’Hermione ayant été invitée à participer aux fêtes du tricentenaire de la création de la Nouvelle Orléans. Des escales pourraient être organisées aux Canaries, à Dakar, dans les Antilles françaises ou encore à Cuba et à Haïti. D’ici-là, l’Hermione s’amarrera au pied des remparts de Saint Malo, du 1er au 8 juillet 2016. Puis, le 12 juillet, la frégate fera son entrée en rade de Brest, pour prendre part aux Fêtes Maritimes Internationales jusqu’au 18 juillet.

 

Crédits photos : 

Philippe Jarguel

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