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Damien Seguin Athlète équipe de France voile Paralympique

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Par :

Damien Seguin

Porte drapeau de la voile handisport et coureur au large émérite

Né le 3 septembre 1979 à Briançon (Hautes-Alpes)
Une couleur : Le rose
Un livre : Les Piliers de la Terre de Ken Follett
Un film : Top Gun

Double médaillé d’or paralympique (Athènes 2004, Rio 2016), quadruple champion du monde en 2.4, Damien Seguin est l’une des figures centrales de la voile handisport française, et un formidable ambassadeur. Né sans main gauche, Damien s’est aussi fait sa place chez les « valides », bouclant notamment deux Route du Rhum et deux Transat Jacques Vabre en Class40. Désormais, il rêve de devenir le premier skipper atteint d’un handicap à participer au mythique Vendée Globe…

L’arrivée de la Route du Rhum 1990 : la révélation


« J’avais 10 ans quand j’ai assisté à l’arrivée de plusieurs concurrents de la Route du Rhum 1990, dont la gagnante Florence Arthaud. Cela m’a donné le virus pour commencer à faire de la voile. Dans les mois qui ont suivi je me suis inscrit dans un club local pour faire de l’Optimist. »

Né dans les Hautes-Alpes, à Briançon, Damien Seguin ne grandit pas en bord de mer, mais dans les montagnes. Quand sa famille déménage en Guadeloupe, la dimension maritime devient plus évidente pour le jeune garçon, jusqu’à cette arrivée de la 4ème Route du Rhum qui change à tout jamais sa vie.

Après l’Optimist, Damien fait ses gammes en Laser puis en Hobie Cat 16. A la dimension loisir, il ajoute rapidement celle de la compétition, avec de beaux résultats à la clé. L’année 1998 marque un nouveau tournant : avec son équipier Thibault Vauchel-Camus, il décroche le titre de vice-champion du monde de Tornado, un catamaran olympique. Les deux amis sont repérés par l’Ecole Nationale de Voile (ENV) de Quiberon qui ouvre un Pôle France en Tornado.

« C’est ainsi que je suis revenu en métropole et que j’ai commencé une formation de haut niveau. J’ai quitté ma famille en Guadeloupe pour venir découvrir le vrai hiver en Bretagne », raconte Damien dans un éclat de rire. Suivent quatre saisons en Tornado au sein du Pôle France. Mais en 2002, il décide d’arrêter le catamaran et obtient son CAPES et devient enseignant d’EPS titulaire. Mais surtout, il découvre un support nautique qui va marquer très fortement la suite de sa carrière…

Athènes 2004 : la consécration paralympique

Ce support, c’est le 2.4, un quillard solitaire de 4,50 mètres utilisé en voile paralympique. « J’ai découvert un peu par hasard cette série que je ne connaissais absolument pas. Plus globalement, la voile paralympique n’était pas du tout développée sur nos côtes. Je me suis dit que j’avais un coup à jouer en 2.4. J’ai testé le support et je suis tombé sous le charme. J’ai donc préparé les Jeux Paralympiques d’Athènes », explique-t-il.

Dès sa première saison, il devient vice-champion du monde. A Athènes, en 2004, ses Jeux Paralympiques se déroulent comme dans un rêve puisqu’il décroche une formidable médaille d’or. « J’avais 24 ans, j’étais le petit jeune que l’on n’attendait pas forcément même si j’avais montré de belles choses avant les Jeux. Et j’ai raflé la mise. D’un coup, j’ai changé de statut. »

Quand j’ai un objectif en tête, je fais tout pour y parvenir en embarquant le maximum de personnes dans mon aventure

Un ambassadeur de la voile handisport

Ce qui ne devait être qu’un « one shot » sur les Jeux Paralympiques devient un vrai objectif à poursuivre, avec en ligne de mire les Jeux de Pékin en 2008.

Fin 2004, « pour essayer de donner du relief à la médaille d’or décrochée à Athènes », il crée son association Des Pieds et des Mains, qui œuvre en faveur de l’insertion des personnes handicapées, par la pratique de la voile.

« Je suis parti du constat suivant : même moi qui étais sportif de haut niveau et qui suis né avec un handicap, je ne connaissais absolument pas la voile paralympique », explique Damien. « Le challenge, c’est de sortir de l’ombre cette pratique. Le message de l’association est le suivant : on peut tous pratiquer des sports nautiques, prendre du plaisir sur l’eau, que l’on soit valide ou non. La mer n’appartient à personne. »

Depuis sa création, l’association Des Pieds et des Mains entreprend des actions concrètes pour convaincre que le handicap n’est pas un frein à l’immersion dans le milieu sportif des valides.

Je me suis battu, je n’ai pas lâché le morceau. Après un an sans rien lâcher, j’ai pu être au départ des deux majeures courses de Figaro

 

Ambassadeur de la voile handisport, Damien Seguin vit une mésaventure douloureuse quand, en 2005, il fait part de sa volonté de participer à la Solitaire du Figaro. L’organisation de l’épreuve lui refuse son inscription, mettant en avant les problèmes de sécurités liés à son handicap. « Ce moment a été compliqué à vivre, mais il a renforcé ma volonté de participer », souligne Damien. « Je me suis battu, je n’ai pas lâché le morceau. Après un an de bataille, j’ai pu être au départ de la Solitaire en 2006. J’ai alors fait mon entrée dans le monde de la course au large, la même année j’ai aussi participé à la Transat AG2R. »

Cet épisode illustre bien l’un des traits de caractère très fort de Damien Seguin : l’obstination. « Quand j’ai un objectif en tête, je fais tout pour y parvenir en embarquant le maximum de personnes dans mon aventure. Je me donne tous les moyens pour éviter l’échec. J’ai toujours trouvé les solutions pour arriver à mes fins, quitte parfois à renverser la table… »

Quand j’ai un objectif en tête, je fais tout pour y parvenir en embarquant le maximum de personnes dans mon aventure

 
Damien Seguin


Voile handisport, course au large : deux carrières de front

Dès lors, Damien progresse à la fois en voile handisport (il décroche la médaille d’argent aux Jeux de Pékin en 2008) et participe à des grandes courses au large.

« Je me suis rendu compte que le message que je porte avec mon association a un écho encore plus important au sein de la course au large. Je suis un skipper comme un autre qui essaye de faire le meilleur résultat possible. En 2010, je suis devenu le premier marin avec un handicap à participer à la Route du Rhum. En 2011, je termine 2e de la Transat Jacques Vabre avec Yoann Richomme. Mon association a toujours été présente sur mes différents bateaux, et les sponsors qui m’ont accompagné soutiennent ce message qui est indissociable de ma carrière dans la voile. »

En 2012, Damien profite d’un grand honneur : être le porte drapeau de la délégation française au Jeux de Londres en 2012. « C’était une superbe reconnaissance, mais aussi une grande responsabilité car j’étais aussi capitaine de toute l’équipe de France. Sportivement les Jeux ne se sont pas passés aussi bien qu’espéré car je termine au pied du podium. Cela a été compliqué mentalement, j’ai eu du mal à m’en remettre. Mais je me suis tout de suite projeté sur les Jeux de Rio pour laver cet affront. »

En attendant, Damien poursuit en course au large, avec notamment des participations à la Transat Jacques Vabre 2013 et à la Route du Rhum 2014. Viennent alors les Jeux Paralympiques de Rio, à l’été 2016. Damien raconte la suite : « Il n’est pas simple d’enchaîner quatre Jeux consécutifs. Quand on est un pilier d’une série, on peut être tenté d’arriver la fleur au fusil. Mais c’est le meilleur moyen de se faire dépasser par les petits jeunes. A Rio, j’ai réussi à me remobiliser, à trouver d’autres ressources. Et j’ai décroché une deuxième médaille d’or, 12 ans après la première. »

Le Vendée Globe 2020 en ligne de mire…

Damien Seguin s’en désole : la Voile paralympique ne sera pas aux Jeux de Tokyo en 2020. « Mais je continue à naviguer en 2.4 », souligne-t-il. « Il faut se battre pour que la voile revienne au programme des Jeux en 2024. Il faut montrer qu’on existe. Je participe aux compétitions internationales. Il y a des jeunes à accompagner pour qu’ils puissent progresser et à terme prendre la relève. »

Mais le principal challenge de Damien est le Vendée Globe 2020, avec l’ambition de devenir le premier skipper atteint d’un handicap au départ d’un tour du monde en solitaire.
 

Le défi est immense, mais je me sens suffisamment mûr et expérimenté pour le relever.

 

« C’est une suite logique. J’ai navigué en Figaro puis en Class40, la prochaine étape c’est l’IMOCA et le Vendée Globe. J’entrerai dans une autre dimension, avec un projet que je pourrais partager avec le plus grand nombre. Le Vendée Globe touche un public très large et ce serait une formidable vitrine pour mon association. Le défi est immense, mais je me sens suffisamment mûr et expérimenté pour le relever. »

 

En attendant l’athlète briançonnais a bouclé la mythique Route du Rhum-Destination Guadeloupe à la 6è place. Skipper du monocoque 60 pieds Groupe Apicil, il a effectué une traversée de 3 452 milles en 14 jours 18 heures 55 minutes et 02 secondes de course…

« Ma sixième place s’est dessinée au fil des milles parce que je n’ai rien lâché du départ à l’arrivée ! Il y a eu des moments durs : on était déjà dans le dur et mon gennaker part à l’eau… Et quand il y a trois cent cinquante mètres carrés dans l’eau, ce n’est pas facile tout seul de ramasser la toile. On va chercher de l’énergie je ne sais pas trop où. »


Ainsi avance Damien Seguin. Tenace, obstiné, ambitieux, le navigateur a une belle philosophie : « Il ne faut jamais remettre à deux mains ce qu’on peut faire avec une seule main ! »

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