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Francis Chichester Navigateur

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Francis Chichester

Sir Francis Chichester découvre la voile à seulement 49 ans, avant de remporter dix ans plus tard la première édition de l’Ostar en juillet 1960. Le Britannique, fort d’une longue expérience en aviation, la transpose à la navigation avec brio. Survivant à un premier cancer, Francis Chichester passe la seconde partie de sa vie à courir les mers en solitaire, ouvrant la voie aux circumnavigations et autres records de l’ère moderne. Il reste comme l’un des plus grands navigateurs du XXème siècle.

 

Né au cœur de l’été 1901 dans la paisible bourgade de Barnstaple située à deux heures de route de Plymouth, Francis Chichester est placé très jeune en pension par son père, un pasteur anglican. A l’issue d’une enfance triste et pauvre, le jeune homme décide de partir s’installer en Nouvelle Zélande à tout juste 18 ans. Débrouillard, chaleureux et brillant, il rêve d’y faire fortune et y parvient grâce à la création de plusieurs entreprises. De retour en Angleterre pour voir sa famille dix ans plus tard, Chichester apprend à piloter un avion et s’achète un petit bi-plan ; un de Havilland Gipsy Moth, dont s’inspirera plus tard l’avion de voltige Stampe. Moins de quatre mois après avoir passé son brevet, il survole et quadrille l’Europe… avant de décider de repartir en Nouvelle Zélande dans son avion et en solo ! Malgré une interminable escale technique en Lybie, Chichester atteint l’Australie après 180 heures de vol, installe des flotteurs sur son bi-plan comme sur un hydravion, navigue à l’estime et par saut de puces d’îles en îles. Il gagne enfin la Nouvelle Zélande, réussissant la première liaison aérienne entre les deux pays. S’engageant dans la Royal Air Force durant la seconde guerre mondiale, le pilote rédige alors une sorte de « road book » permettant de voler au-dessus de l’Europe uniquement avec un sextant, un compas et une petite carte posée sur les genoux, technique qu’il a longuement expérimentée dans le Pacifique. Précurseur d’une telle navigation, il est considéré par ses pairs comme un véritable génie.

L’Angleterre s’est découvert un nouveau héros.

 

Victoire dans l’Ostar

Il n’a pas encore 50 ans, mais sa réussite professionnelle lui permet d’envisager une vie nouvelle. Francis Chichester se découvre une passion pour la voile. Mais quelques années plus tard, il apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon en phase terminale. Sa femme Sheila, adepte des médecines douces lui fait suivre un régime spécifique, parvient à convaincre le corps médical de retarder l’opération, et l’emmène se faire soigner dans le Sud de la France. Chichester en repart miraculeusement en rémission. A son retour à Plymouth, il tombe sur Blondie Hasler qui a en tête d’organiser une course transatlantique entre l’Angleterre et les États-Unis, et décide de tenter sa chance. Derrière l’homme d’affaires au visage rassurant, toujours chaussé de ses fines lunettes et d’une casquette en laine vierge, se cache un marin déterminé dans un corps d’athlète. Sur son robuste monocoque baptisé Gipsy Moth en souvenir de son avion, Chichester remporte la première Ostar en 47 jours… devant le colonel Hasler. A 59 ans, après avoir survécu à un cancer, sa victoire force le respect. L’Angleterre s’est découvert un nouveau héros.

 

Gipsy Moth III_copyright archives-Rubinstein

 

Le match Chichester-Tabarly

Quatre ans plus tard, Chichester remet son titre en jeu dans la seconde édition de la Transat anglaise, toujours à bord de son fidèle Gipsy Moth III. Mais un inconnu du nom de Tabarly et qui pourrait être son fils, se présente sur la ligne de départ à la barre d’un ketch noir baptisé Pen Duick II. Comme lui, il vole, mais dans l’aéronavale et sur des avions autrement plus puissants… Si Chichester connaît son lourd monocoque sur le bout des doigts, il ne peut lutter face à ce jeune marin breton, qui dès le départ de Plymouth impressionne les bateaux suiveurs, en hissant son grand spi comme en équipage. Et si le maître n’a mis que 29 jours d’Est en Ouest, il doit s’incliner face à Eric Tabarly, vainqueur surprise avec presque trois jours d’avance.

Âgé de 71 ans, il décide de prendre le départ de sa troisième Ostar...

 

Sur la route des clippers

Mais Francis Chichester n’est pas du genre à couler une retraite tranquille, et se fait construire Gipsy Moth IV, un nouveau monocoque plus grand, pour effectuer le tour du monde en solitaire par les trois caps. À l’été 1967, il quitte Plymouth dans le but d’améliorer le temps des clippers du XIXème siècle qui transportaient thé, épices et coton. Après un voyage de 28 500 milles et 226 jours à 5,45 nœuds de moyenne (10 km/h) et une escale à Sydney, il regagne Plymouth, et est accueilli triomphalement. La Reine Elisabeth II décide de l’anoblir avec l’épée de Francis Drake son illustre prédécesseur et premier Britannique à avoir bouclé une circumnavigation quatre siècles auparavant. Fait très rare au Royaume Uni, un timbre lui est consacré de son vivant. L’exceptionnel parcours de Francis Chichester fait naître des vocations, et précède une nouvelle génération de marins aventuriers ou régatiers, de Bernard Moitessier à Robin Knox-Johnston. En 1972, âgé de 71 ans, il décide de prendre le départ de sa troisième Ostar… mais renonce au large de l’Espagne, et meurt à Plymouth quelques semaines plus tard, suite à la récidive de son cancer du poumon. En 1979, le groupe Dire Straits, récemment créé, lui rend hommage, en lui consacrant une chanson « Single-handed sailor » (navigateur en solitaire).

 

Crédit photo : Archives Rubinstein

Défi aux trois caps. Sur la route des clippers par Sir Francis Chichester (Arthaud, 1967)
Le Tour du monde de Gipsy Moth IV par Sir Francis Chichester (Arthaud, 1967)

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